L’assolement en commun, source d’innovation pour la réduction des pesticides?

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Face aux défis de la transition agroécologique, l’assolement en commun émerge comme une forme d’organisation collective innovante. En mutualisant les terres et les ressources, les agriculteurs innovent dans leurs itinéraires techniques, avec des pratiques permettant une réflexion sur la diminution des herbicides.

Pour répondre à l’enjeu de réduction des herbicides, et plus particulièrement du glyphosate, l’associativité agricole est une piste prometteuse pour les agriculteurs, via la mise en commun des outils de productions mais aussi des savoirs. Certains groupes d’agriculteurs vont plus loin, en pratiquant l’assolement en commun. Sophie Darets, en stage à l’Inrae, a étudié finement cette notion à partir de trois cas d’étude, en cherchant à mieux comprendre comment fonctionne un assolement en commun du point de vue des agriculteurs et les manières dont cette pratique les aide à gérer les adventices et les couverts sans recourir aux d’herbicides.  

Qu’entend-on exactement par “assolement en commun” ?

D’après Barthez et al. (2008), l’assolement en commun est défini comme «une gestion commune de tout ou partie des facteurs de production de plusieurs exploitations. L’assolement, les itinéraires techniques, les moyens de production (travail, foncier, matériels, intrants) ainsi que les récoltes sont mutualisés.». Cela se concrétise par la mise en commun du foncier entre plusieurs agriculteurs, une gestion commune (partielle ou totale) des exploitations, une mutualisation du parc matériel et de la main d’œuvre et la redistribution entre associés des produits. Chaque exploitation conserve son autonomie juridique et fiscale. 

Cette approche collective permet de surmonter des contraintes sociales, économiques et techniques souvent perçues comme des barrières à la transition agroécologique. Les assolement en commun offrent un cadre unique pour réinventer les pratiques agricoles, en favorisant des systèmes plus durables.

Dans son étude, Sophie Darets a identifié six dimensions permettant de décrire les caractéristiques d’un assolement en commun. Chaque dimension permet d’expliciter des points qui paraissent centraux dans les assolements en commun, d’après les agriculteurs enquêtés :

Étape 1

Situations individuelles des agriculteurs et des exploitations

Caractériser la diversité des exploitations individuelles au sein de l’assolement en commun (différents ateliers au sein de l’exploitation, diversité des SAU).

Renseigner les positions et visions générales des agriculteurs sur les pratiques si ces positions sont différentes au sein du collectif.

Rendre compte des évolutions de génération au sein de l’assolement en commun, mais également les départs et les arrivées.

Étape 2

Ressources en commun

Rendre compte du type de parcelles mises en commun (ensemble du parcellaire ou juste une partie), matériel, main d’œuvre, bâtiments, etc. Cela peut recouper également la manière dont les ressources sont mises en commun, par exemple en cas de remembrement du parcellaire.

Étape 3

Statut juridique

Caractériser la manière dont se structurent juridiquement et légalement les assolement en commun.

Étape 4

Modèle économique et gestion comptable

Décrire la manière dont les agriculteurs gèrent leur comptabilité entre leur exploitation individuelle et les structures qui représentent légalement l’assolement en commun.

Décrire les stratégies économiques du groupe : diversification, cultures sous contrats, recherche d’optimisation des marges sur chaque culture, etc.

Étape 5

Gestion des décisions et des apprentissages

Décrire la manière dont les agriculteurs prennent des décisions dans un temps long et court (décisions tactiques et stratégiques) pour décrire le processus de décision autour de la mise en place de nouvelles pratiques et identifier quel agriculteur est impliqué.

Décrire comment les agriculteurs acquièrent de nouvelles connaissances, que ce soit par l’observation, par la participation à des formations ou encore à des projets de recherches.

Étape 6

Organisation du travail

Décrire la manière dont les pratiques sont mises en place : répartition du travail entre agriculteurs selon la pratique et les espaces géographiques, mais également la manière dont se répartit le temps de travail entre les différents agriculteurs et entre les différentes tâches.

Le rôle de l’assolement en commun dans l’émergence d’innovations collectives

Les assolement en commun sont des lieux privilégiés pour l’émergence d’innovations. Leur mode de fonctionnement favorise l’échange d’expériences et la confrontation des points de vue entre membres. 

Les décisions concernant les rotations, les techniques culturales et les investissements sont prises de manière collégiale. En planifiant des successions culturales à l’échelle des terres mutualisées, les collectifs partagent leurs connaissances et testent ensemble de nouvelles pratiques. Les réunions régulières permettent de comparer les résultats, d’adapter les pratiques et de partager les savoirs entre pairs. Au sein des assolement en commun, certains agriculteurs se spécialisent dans des domaines précis (gestion des couverts, désherbage mécanique, etc.), améliorant l’efficacité des pratiques collectives.

Dans les trois cas d’étude, le renouvellement des générations est facilité par la mise en commun des ressources et la gestion des prises de décisions. Les apports de capital sont plus faibles dans ce type d’organisation, qui assure également une disposition de compétences via les autres membres sur lesquelles les jeunes installés peuvent s’appuyer. Cet aspect est directement lié à la stratégie de gestion des adventices en assolement en commun, dans la mesure où les jeunes installés peuvent être moteur de changement, grâce à l’apport de leurs propres compétences, et la santé financière du collectif en assolement en commun permettant d’investir dans de nouveaux matériels nécessaires à expérimenter de nouvelles pratiques (désherbage mécanique, semis direct).

Les interactions entre pairs offrent de nouvelles ressources cognitives aux agriculteurs, renforçant leur capacité à concevoir des systèmes innovants.

Cette dynamique de groupe est cruciale pour répondre aux enjeux de la transition agroécologique. Les décisions prises en groupe stimulent l’émergence de solutions originales notamment pour la gestion des adventices. 

Stratégies de gestion des adventices dans les assolement en commun

L’expérimentation de nouvelles pratiques est favorisée par la structuration en assolement en commun, par la mise en commun de ressources, la gestion des décisions et des apprentissages partagés. Les membres des assolement en commun adoptent des pratiques variées et adaptées aux spécificités de chaque parcelle mise en commun. 

L’assolement collectif permet d’étendre la rotation culturale à l’échelle de plusieurs exploitations. Les rotations plus longues et diversifiées sont une stratégie centrale dans les assolement en commun. Elles limitent la prolifération des adventices spécifiques à certaines cultures, tout en améliorant la fertilité des sols.

L’élargissement des rotations à l’échelle collective permet une meilleure synergie entre les parcelles, réduisant la pression des adventices et favorisant la santé globale des sols. 

Les systèmes en semi-direct sous couverture végétale permettent de réduire le travail du sol et de limiter la germination des adventices. Les couverts végétaux, en évitant le sol nu, freinent également leur développement. 

Les assolement en commun favorisent l’acquisition et l’usage collectif de matériels innovants, tels que les bineuses et les herses étrilles, ou d’autres outils de désherbage mécanique.

La mutualisation des équipements mécaniques permet non seulement une réduction des coûts d’investissement, mais également une augmentation de l’efficacité des interventions.

De même, la mutualisation des ressources permet une planification commune des traitements phytosanitaires, réduisant ainsi leur usage grâce à une meilleure synchronisation et une optimisation des quantités.

Un modèle à accompagner

L’assolement en commun représente une voie prometteuse pour améliorer la gestion des adventices tout en réduisant l’usage des herbicides. Par leur capacité à mutualiser les ressources et à favoriser l’innovation collective, ces organisations incarnent une réponse concrète aux enjeux de la transition agroécologique :

L’assolement en commun est une opportunité pour réconcilier performance agronomique et respect de l’environnement, en mettant l’humain au centre de la transition agroécologique.

Les assolement en commun sont toutefois source de complexité organisationnelle. La coordination des membres peut parfois être source de tensions, et les contraintes temporelles limitent parfois la participation active de tous les membres. La mise en place d’assolement en commun au sein d’un collectif peut nécessiter un encadrement technique et juridique spécifique. Comme le souligne le rapport :

Il est crucial de construire des ressources pour l’action afin d’accompagner les collectifs dans leur transition vers des systèmes agricoles durables. 

Plus d’informations sur le projet

Coquelicot

ALIAGE

2022-2025

Détecter des pratiques innovantes et accompagner les agriculteurs dans la recherche de solutions visant à se passer de l’utilisation du glyphosate.